Institution des frères Julien, Laurent et Philippe comme Lecteur et Acolyte pour notre communauté par Mgr Jean-Luc Garin évêque de St Claude

Dimanche 23 août 2026, nous avions une grande assemblée à notre eucharistie dominicale puisque les fidèles de la Paroisse de Serre et Chaux, notre paroisse, étaient invités à l’Abbaye d’Acey comme le veut la tradition, de nous rassembler le dimanche qui suit la solennité de la St Bernard (20 août).

Il était heureux de se retrouver car notre évêque Mgr Jean-Luc GARIN présidait la célébration en cette circonstance particulière de l’institution comme lecteur et acolyte de trois frères

Enregistrement de l’institution de Lecteur, de l’homélie de Mgr Garin et de l’institution d’Acolyte

Dimanche 23 août 2026 – Abbaye Notre-Dame d’Acey.
Messe la communauté et la paroisse Notre-Dame de Serre et Chaux

Institution au lectorat et à l’acolytat des frères Julien, Laurent et Philippe.

21e dimanche du temps ordinaire — année A

Chers frères et sœurs,

La double question que Jésus posa à ses disciples, il y a deux mille ans, près de Césarée de Philippe, nous est posée à nous aussi, disciples d’aujourd’hui : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » — « Et vous, et toi, qui dites-vous que je suis ? »

De la réponse que nous donnons à ces questions dépend en grande partie les choix et les décisions de notre vie, que nous soyons paroissiens de Serre-et-Chaux, retraitants ici à l’abbaye, ou moines cisterciens. Car si, pour nous aussi, Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, alors tout change ! Il ne s’agit plus d’une question secondaire, ou d’une option parmi d’autres. La réponse que nous apportons oriente notre existence.

Pour les disciples d’il y a deux mille ans, il ne fait aucun doute que Jésus est un homme de chair et de sang. Ils marchent avec lui, ils partagent ses repas. Il mange et il boit, il est fatigué et il dort, il manifeste la tristesse, la joie, la colère… Et pourtant, Jésus intrigue. Qui est-il vraiment ? Quand on parcourt les Évangiles, on s’aperçoit que tout le monde, tôt ou tard, se pose la question.

  • La foule : à l’entrée de Jésus à Jérusalem, « toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : “Qui est cet homme ?” » (Mt 21, 10). Et déjà, dans la même ville, elle se divisait à son sujet : « C’est vraiment lui, le Prophète annoncé ! » — « C’est lui, le Christ ! » — « Le Christ peut-il venir de Galilée ? » (Jn 7, 40-43).
  • Les disciples : après la tempête apaisée, « saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : “Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?” » (Mc 4, 41) — question que Jésus finira par leur retourner (cf. Lc 9, 20).
  • Sa propre famille : « Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient : “Il a perdu la tête” » (Mc 3, 21). À Nazareth, on s’étonne : « D’où cela lui vient-il ?… N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ? » (Mc 6, 2-3). Et Jean note que « ses frères eux-mêmes ne croyaient pas en lui » (Jn 7, 5).
  • Les pharisiens : devant le paralysé pardonné, « les scribes et les pharisiens se mirent à raisonner : “Qui est-il, celui-là ? Il dit des blasphèmes ! Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ?” » (Lc 5, 21).
  • Hérode Antipas : « il ne savait que penser… “Jean, je l’ai fait décapiter. Mais qui est cet homme dont j’entends dire de telles choses ?” » (Lc 9, 7-9).
  • Et même Jean-Baptiste, du fond de sa prison, envoie ses disciples lui demander : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 2-3).

Qui est Jésus ? Qui est-il pour interpréter les Écritures en dépassant ce que prescrivait Moïse ? Qui est-il pour donner le pardon sans passer par le Temple, les sacrifices et le Yom Kippour ? Qui est-il pour guérir le jour du sabbat ? D’où lui vient une telle autorité ? Du Ciel ? De Satan ? Blasphème-t-il ? Une chose est sûre : Jésus ne laisse personne indifférent. À un moment ou à un autre, il faut se situer. Le suivre ? Oui — mais jusqu’où ? Cesser de le suivre, comme au jour de la crise de Capharnaüm (cf. Jn 6, 66) ? Ou bien le faire arrêter ?

Il est frappant de voir que Jésus commence par interroger ses disciples sur l’opinion des autres : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Il les oblige ainsi à regarder en face les discours ambiants, les idées reçues. Mais Jésus va plus loin. Il attend une prise de position personnelle : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (Mt 16, 15). Il ne s’agit plus de rapporter une opinion : chacun est interrogé sur la relation qu’il entretient avec lui.

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16, 16). La profession de foi de Pierre pourrait sembler couronner la formation des disciples. Pierre y reçoit une double révélation : celle de l’identité véritable de Jésus, il est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Et celle de la mission qu’il veut lui confier : Simon, fils de Yonas, devient « Pierre », le roc sur lequel Jésus veut bâtir son Église. Il reçoit « les clés du Royaume » et le pouvoir « de lier et de délier ». Dans le judaïsme du temps de Jésus, ces deux verbes ont un sens précis : déclarer une chose défendue ou permise, sur le plan doctrinal comme sur le plan moral, mais aussi intégrer, exclure ou réadmettre un membre de la communauté. C’est une autorité réelle qui lui est confiée.

Et pourtant la réaction de Jésus nous étonne : « il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ » (Mt 16, 20). Il faudra attendre dimanche prochain pour en comprendre la raison profonde. La formation des disciples n’est pas achevée : ils doivent encore laisser évangéliser la vision qu’ils ont de leur Maître — et donc celle qu’ils ont d’eux-mêmes. Une nouvelle étape s’ouvre alors, qui coïncide avec la montée vers Jérusalem : « À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter » (Mt 16, 21). Le début de ce verset le laisse entendre : jusque-là, Jésus ne leur avait pas parlé de sa Passion. On le voit, il forme les siens progressivement, étape par étape — comme il en va dans la vie monastique.

Dans cet évangile, nous avons entendu comment Jésus investit Pierre d’une mission qui lui est propre. Non pas une mission qui le met au-dessus des autres, mais une mission qui le met au service des autres. C’est précisément ce que nous célébrons ce matin.

Trois frères de la communauté vont recevoir un ministère pour le service de leurs frères. Le lectorat et l’acolytat sont des ministères institués, et non des ministères ordonnés comme le diaconat, le presbytérat ou l’épiscopat. Cela signifie qu’ils ne reposent pas sur un nouveau sacrement : ils s’appuient sur les forces spirituelles reçues au baptême et à la confirmation — et aussi, chers Julien, Laurent et Philippe, sur votre engagement monastique.

Que l’on ne s’y trompe pas. Le ministère de la Parole n’est pas fait pour dispenser les autres de lire l’Écriture, d’en vivre et d’en témoigner ; le ministère d’acolyte n’est pas fait pour dispenser les autres de la prière et du service liturgique. C’est exactement l’inverse. La mission que Julien, Laurent et Philippe reçoivent aujourd’hui n’est pas pour eux : elle est pour le service de la communauté, pour leur ordre cistercien, et pour chacun de nous qui venons régulièrement nous ressourcer ici.

Julien, Laurent, Philippe, l’Église vous confie une mission au service de vos frères, et la liturgie le dit avec une grande clarté. En devenant serviteurs de la Parole, vous êtes appelés à « transmettre fidèlement la Parole de Dieu, pour qu’elle s’enracine et fructifie dans le cœur des hommes ». Et en devenant serviteurs de la prière commune et de l’Eucharistie, vous recevrez le pain et la coupe avec ces mots : « Montrez-vous dignes de servir la table du Seigneur et de l’Église. » Il ne s’agit pas de devenir des servants d’autel : la formule relie le geste liturgique à la vie de celui qui l’accomplit. On pourrait aussi traduire « Vis de telle sorte que tu sois digne de servir à la table du Seigneur. »

Saint Augustin disait à ses fidèles : « Tu entends : “Le corps du Christ”, et tu réponds : “Amen”. Sois un membre du corps du Christ, afin que ton Amen soit vrai ! » (Saint Augustin, Sermon 272). Permettez-moi de retourner la phrase pour vous, ce matin. Désormais, c’est vous qui direz : « Le corps du Christ » — et c’est vous qui entendrez le fidèle répondre : « Amen ». Soyez, vous aussi, membres du corps du Christ, afin que cet Amen-là soit vrai. Dans l’exercice de votre ministère, souvenez-vous que, partageant l’unique pain avec vos frères et sœurs, vous formez avec eux un seul corps. Montrez un amour sincère pour le Corps mystique du Christ, le peuple saint de Dieu, et spécialement pour les plus faibles et les malades.

Chers frères et sœurs, les deux ministères que nous célébrons au cours de cette messe sont intimement liés, parce qu’ils correspondent aux deux moments de la messe et à ce que la tradition appelle les deux tables. Le concile Vatican II l’écrit : « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l’a fait pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles » (Dei Verbum, n. 21). Parole et sacrement ne sont pas deux compartiments : ils forment un seul tissu. Si le lectorat appelle celui qui le reçoit au témoignage de la Parole, l’acolytat l’appelle à entrer dans la logique eucharistique du don — et l’un et l’autre pour entraîner toute la communauté dans ce mouvement.

Quand j’essaie d’expliquer à de grands jeunes ce qu’est un « ministre » dans l’Église, je leur dis que c’est un entraîneur. Un ministre ne fait pas à la place des autres : il se met à leur service, il partage avec passion ce qu’il a contemplé, il transmet ce qu’il a lui-même reçu — et il entraîne.

Julien, Laurent, Philippe, la Vierge Marie vous accompagne. Que la Servante du Seigneur qui a dit « qu’il me soit fait selon ta parole », vous aide à être de bons serviteurs de la Parole et de la liturgie.


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