Évangile : Mt 11, 2-11
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Isaïe 35, 1-6a.30 Jacques 5, 7-10 Matthieu 11, 2-11
« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
Étonnante réaction de la part de Jean le Baptiste, lui qui avait pourtant su reconnaître le Christ parmi la foule de ceux qui venaient se faire baptiser dans le Jourdain, et qui l’avait désigné comme le Messie.
Mais voilà que maintenant du fond de son cachot ses certitudes vacillent au point qu’il interroge douloureusement : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
Frères et Sœurs, cette surprenante question de Jean-Baptiste nous concerne tous personnellement. Car elle est bien la question la plus décisive que chacun d’entre nous se doit de faire sienne. Une question qui nous engage et attend notre réponse personnelle.
« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
Nous savons que pour les juifs religieux la réponse est évidente : « Nous devons en attendre un autre. », puisqu’ils ne peuvent reconnaître, en Jésus, le Messie tant attendu. Quant à la grande majorité de nos contemporains qui vivent sans référence ni questionnement dans le domaine de la religion, la question ne se pose même pas. N’attendant rien du tout, ils ne peuvent que continuer à errer au gré des évènements et des idéologies.
Par contre, pour nous chrétiens (je me répète !), la question est fondamentale – je dirai même vitale – car c’est au cœur de cette question, et donc de la réponse que chacun et chacune d’entre nous donnera, que se joue notre relation au Christ Jésus, et par conséquent nos choix et nos engagements
« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
Notre réponse ne peut être donnée une fois pour toutes, comme lorsque l’on signe un contrat. Il nous faut la redire, l’actualiser chaque jour, à chaque instant. Ce que nous faisons d’ailleurs, sans trop nous en rendre compte, chaque fois que nous prions personnellement ou vivons un temps fort en Église, comme maintenant.
Car, notre relation personnelle au Christ, comme à Dieu, son Père et notre Père, n’est pas d’abord de l’ordre d’un savoir, mais d’une relation effective, je dirai même affective, amoureuse. Et comme pour tout ce qui relève de la relation amoureuse, on ne peut se reposer sur un acquis. Il faut sans cesse, être vigilant et cultiver cette relation, cet amour, sinon l’habitude prend le dessus et tue le désir.
Nous le savons bien ! Beaucoup de ceux qui avaient été séduits par la personnalité charismatique de Jésus, son enseignement, et surtout ses miracles, l’avaient suivi avec enthousiasme. Mais, par la suite, avaient pris leur distance par rapport au Maître dont la doctrine leur paraissait trop exigeante. C’est dans ce contexte que, suite à l’interpellation douloureuse de Jésus à ses disciples : « Voulez-vous partir vous aussi ? », l’Apôtre Pierre avait répondu : « A qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. »
Oui, Seigneur Jésus, à qui irions-nous ? C’est toi qui as les paroles de la vie éternelle. Et non seulement tu as les paroles de la vie éternelle, mais tu es la Vie éternelle. Et si tu es venu un jour partager par amour notre condition humaine jusqu’à l’extrême de la passion et de la mort, nous croyons que depuis ta résurrection tu ne cesses de venir à nous.
J’aime beaucoup les mots de Jésus dans le Livre de l’Apocalypse : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Ap. 3, 20)
Oui, Frères et Sœurs, si ce temps de l’Avent nous prépare à célébrer la naissance de Jésus à Bethléhem, voici plus de 2000 ans, il est aussi le temps où nous célébrons par avance sa venue définitive lors de la fin de l’univers. Mais l’Avent est aussi pour nous le temps béni où nous apprenons à accueillir les venues quotidiennes de Jésus dans notre existence.
Saint Jacques, dans la seconde lecture, nous exhortait à vivre notre attente du Seigneur comme le cultivateur « attend les fruits de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait ses récoltes. » Mais cette patience n’est en rien passivité. Elle exige beaucoup de vigilance et de persévérance pour demeurer fidèle à l’enseignement de Jésus : « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Attente donc active et joyeuse, car ce n’est pas nous qui allons vers le Seigneur, mais c’est Lui qui vient à nous afin de nous combler de sa présence fidèle et de son Esprit Saint.
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