Première lecture : Am 8, 4-7 Deuxième lecture : 1 Tm 2, 1-8 Évangile : Lc 16, 1-13
Amos 8, 4-7 I Timothée 2, 1-8 Luc 16, 1-13
Je vous avoue avoir un problème !… Oui, un problème avec le texte évangélique qui vient de nous être proclamé.
Dans une première partie Jésus semble faire l’apologie de la fraude puisqu’il met en scène ce gérant malhonnête qui n’hésite pas à escroquer son maître pour obtenir en retour des avantages de la part des débiteurs.
On est là en pleine magouille !… et surtout en complète opposition avec la seconde partie de l’Évangile où Jésus condamne fermement tout procédé malhonnête… même le plus minime : « Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. »
Très probablement il y avait à l’origine deux textes indépendants que le rédacteur, comme on le voit souvent dans les Évangiles, a lié parce qu’ils traitaient le même thème, à savoir l’argent.
Et dans les deux parties de notre Évangile nous trouvons dans la bouche de Jésus l’expression : « L’argent malhonnête ». En réalité, cette expression n’existe pas dans le texte originel grec de l’Évangile, où l’on ne trouve que le terme « Mamon ». Un terme impossible à traduire qui, semble-t-il, fait référence à une puissance maléfique. Quoi qu’il en soit, je regrette que l’on ait traduit ce « Mamon » par : « argent malhonnête ». Car l’argent est neutre (« sans odeur », comme on dit). C’est son usage par l’homme qui peut tout fausser.
Il est vrai que la passion de l’argent a toujours été cause de multiples injustices engendrant, hier – et encore plus aujourd’hui – la plupart des désordres mondiaux dont souffre nos sociétés. La Bible dénonce de multiples fois cet état de fait. Ainsi avons-nous entendu, dans la première lecture, le prophète Amos dénonçant les scandales de la société de son époque (voici plus de 2500 ans) : « Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Et de conclure au nom de Dieu : « Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. » Et Saint Paul, dans sa 1ère Lettre à Timothée, a ce jugement sans appel : « Ceux qui veulent s’enrichir tombent dans le piège de la tentation, dans une foule de convoitises absurdes et dangereuses, qui plongent les gens dans la ruine et la perdition. Car la racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être attachés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre. » (I Tim 6, 9-10)
Il ne faudrait cependant pas oublier que dans bien des cas, heureusement, l’argent est le fruit d’un travail digne et d’activités justes dont on peut être fier, et que la générosité de beaucoup permet des miracles de solidarité.
Aussi, plutôt que de qualifier l’argent de « malhonnête », je préférerais, comme le font certaines traductions, parler « d’argent trompeur ». Trompeur dans le sens de « non fiable », parce que, même si l’on ne peut sans passer, on ne peut fonder sur elle notre existence, et surtout notre destinée éternelle.
L’argent est indispensable pour toute vie en société. C’est évident ! Mais il ne doit jamais devenir un absolu et encore moins la référence ultime dans nos vies. Sinon, il se transforme en une idole qui aliène et déshumanise, rend aveugle et sourd aux détresses des autres. Et, pire, peut exclure Dieu de nos vies ainsi que Jésus le dit dans la conclusion de sa parabole : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent.
Si l’on ne doit donc jamais mettre sa confiance dans l’argent trompeur qui nous coupe de la source de la vie et du bonheur qu’est notre Dieu, il faut par contre en tirer le meilleur usage en développant des liens de solidarités, des réseaux d’entraide afin d’édifier un monde plus fraternel, plus juste. C’est ainsi qu’il nous faut comprendre l’appel de Jésus : « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête. »
En agissant en fidélité avec l’enseignement de Jésus soyons donc de bons gérants, dignes de la confiance que le Seigneur nous fait en nous accordant la grâce de la foi et en nous appelant à son service dans l’Église. Oui, le Seigneur attend de nous que nous soyons des hommes et des femmes qui par leur sens du partage et de la solidarité, leurs engagements dans l’Église et la société, soient des artisans d’unité, de paix et de justice.
Demandons-lui cette grâce. Demandons-la les uns pour les autres. Prions aussi, comme nous le demandait saint Paul, pour les responsables politiques et économiques de notre pays et du monde. Alors que dominent mensonges, violences, mépris de l’étranger et des plus faibles, ils ont particulièrement besoin que l’Esprit Saint les inspire et les guide.
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