Première lecture : Is 55, 10-11 Deuxième lecture : Rm 8, 18-23 Évangile : Mt 13, 1-23
Matthieu 13, 1-23
« Voici que le semeur sortit pour semer… » Et il répand sa semence avec surabondance. Un vrai gaspillage, pourrait-on penser, puisqu’il ne tient pas compte du terrain : sol pierreux, ronces… ou bonne terre. Mais notre Dieu n’y va pas à l’économie ! Il sème à tout-va. Il répand sa Parole sans réticence ni sélection. Il n’y a pas ceux qui en seraient dignes et ceux qui ne le seraient pas ; ceux qui y auraient droit et ceux qui en seraient exclus.
Et pourtant, cette semence répandue à profusion ne pourra germer et porter du fruit que dans une bonne terre. C’est donc un problème de terrain ! Nous recevons tous la parole, mais il y a des terrains propices où cette parole peut germer et porter des fruits, et d’autres où rien ne se passe, la parole étant étouffée.
Chacun doit donc faire son possible pour être une bonne terre. Voilà la morale de l’histoire ! Mais je n’ai aucune envie de vous faire la morale ! Les uns et les autres nous sommes faits pour d’autres horizons. Nous sommes des êtres de désir et non de devoir.
Revenons donc à notre Évangile : « Voici que le semeur sortit pour semer. »
C’est cela qui est stimulant. Plutôt que d’en rester à un examen de conscience sur la qualité de notre terrain, laissons-nous habiter et séduire par ce : « Voici que le semeur… »
Car ces quelques mots, à première lecture banals, nous ouvrent des horizons d’une largeur insoupçonnée : Dieu se présente à nous, non pas comme un juge ou un gendarme, ou un grand architecte, mais comme un semeur. Oui ! Semeur de vie, Semeur de bonheur, Semeur d’espérance. Toute la Bible, nous le dit, et nous le redit depuis la première page de la Genèse : « Dieu créa le ciel et la terre, et il vit que tout ce qu’il avait fait était très bon. », jusqu’à la dernière page de l’Apocalypse : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »
Notre Dieu est à la fois Père et Mère ! Il suscite la vie ! Il nous engendre à la vie ! Et Il ne le prend pas de haut !… Il est au plus intime de nos existences, « Plus intime à moi-même que moi-même. » comme le dit Saint Augustin dans Les Confessions. Il vient à nous en son Fils Jésus. Notre Évangile de ce jour s’ouvrait d’ailleurs ainsi : « Jésus était sorti de la maison. » Il ne s’agit pas ici de la maison de Nazareth ou de celle de Capharnaüm , mais de celle de son Père : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. (…) Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (v. 14)
Cohabitation, partage intégral de notre condition, de nos destinées, sans tricherie. En Jésus Dieu a tout pris sur lui de nos peines, de nos souffrances, de nos combats, et ce jusqu’à la mort.
Oui, Frère et Sœurs, s’il importe que nous soyons une bonne terre, capable de recevoir la Parole de Dieu et de la laisser porter du fruit en nous, ne mettons pas la charrue avant les bœufs, ne nous trompons pas de perspective ! C’est la Parole qui est première dans nos vies de croyants. La Parole, c’est-à-dire le Christ-Jésus. C’est Lui qui nous travaille intérieurement, par son Esprit, si nous voulons bien lui laisser l’initiative, et qui peut tout bouleverser et renouveler dans nos existences.
Si nous avons le sentiment d’être un terrain en friche ou stérile, un terrain rocailleux, peu importe !… Dans la mesure où, au lieu de nous lamenter, nous fixons notre regard sur le Seigneur, et nous Lui rendons grâce pour son amour et ses dons, il fera tout concourir à notre bien. Saint Paul affirme même :
Certes, comme le disait Saint Paul dans la 2ème lecture : « La création tout entière crie sa souffrance. Elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. […] et nous aussi, nous gémissons. »
Mais si nous demeurons malgré tout inébranlables en notre confiance, notre Dieu « fera pour nous infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir et espérer. […] Car rien n’est impossible à Dieu et rien ne pourra nous séparer de son amour. »
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