Première lecture : Ex 19, 2-6a Deuxième lecture : Rm 5, 6-11 Évangile : Mt 9, 36 – 10, 8
Exode 19, 2-6a Romains 5, 6-11 Matthieu 9, 36 à 10, 8
L’Évangile vient donc de nous dire qu’en voyant les foules qui se pressent autour de lui, Jésus fut saisi de compassion envers elle. Pourquoi ? « Parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. »
Merveilleuse compassion de Jésus, qui est en vérité « le Bon Pasteur », celui qui n’en est pas resté à de belles paroles, mais a donné sa vie pour ses brebis.
Et ce Pasteur est parfaitement conscient qu’il n’est là que pour un temps très limité. A plusieurs reprises il annoncera à ses disciples qu’il sera signe de contradiction au milieu de son peuple, et donc, comme tous les authentiques prophètes qui l’ont précédé, connaîtra la persécution et une mort violente.
Il lui importe donc dans le temps restreint de sa présence auprès des siens de former le petit groupe d’hommes qu’il a rassemblé autour de lui, et de leur donner les moyens humains et spirituels de remplir leur mission en son nom et à sa suite : « Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité. »
Si cette première mission demeure très limitée, puisque qu’elle ne concerne que le territoire d’Israël, elle s’ouvrira cependant très vite à l’universel, comme on peut le lire dans la finale de ce même Évangile de Matthieu, où Jésus ressuscité, avant de monter auprès de son Père, dit à ses disciples : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 19-20)
Pour en revenir au premier envoi en mission des Apôtres, dans l’Évangile de ce jour, Jésus ne se contente pas de leur donner quelques sages et prudents conseils. Il leur enjoint en quelque sorte l’impossible : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons… ». « Guérir les malades… » Passe encore !… Mais « ressusciter les morts » !… Un pouvoir qui ne relève pas de nos capacités humaines, mais de la seule puissance de Dieu et dont nul ne peut prétendre se glorifier.
Les Actes des Apôtres qui décrivent la vie des premières communautés chrétiennes ne nous donnent d’ailleurs que quelques rares témoignages de ses pouvoirs spirituels exceptionnels. Par contre, ils font surtout mention d’oppositions violentes et de persécutions sanglantes. Une réalité qui sera présente tout au long de l’histoire de l’Église et jusqu’à nos jours.Ainsi avons-nous tout récemment célébré le 30e anniversaire de la mort de nos frères de Tibhirine et des autres martyrs d’Algérie… qui, bien évidemment, ne peuvent faire oublier le grand nombre de chrétiens aujourd’hui persécutés pour leur foi en de nombreux pays. Je crois que c’est le peuple Jean-Paul II lors du jubilé de l’An 2000 qui affirmait qu’il n’y avait jamais eu autant de martyrs qu’au XXe siècle. Et notre XXIe siècle ne semble guère faire exception !
Ainsi le Seigneur donne-t-il à quelques-uns de nos frères et sœurs la grâce de témoigner explicitement de Lui et de son Évangile, bien souvent dans les conditions éprouvantes où ils risquent leur liberté et leur vie même. Pour une telle mission ils ne seront jamais le grand nombre ! La moisson sera toujours abondante, et les ouvriers peu nombreux !… Mais, il ne faut jamais oublier que, selon la logique du Royaume de Dieu, ce n’est ni le grand nombre ni la force qui comptent (comme disent les psaumes), mais l’humble disponibilité aux suggestions de l’Esprit Saint.
Pour autant, nous qui ne sommes pas appelés à un engagement explicite et permanent pour le Royaume, nous ne sommes pas pour autant laissés sur la touche ou au chômage. Car nous ne devons pas oublier l’autre face de la mission exprimée par le Seigneur Jésus : « Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »
Une mission qui ne demande pas de qualification particulière, sinon celle de demeurer assidu à la prière et de sans cesse implorer du Seigneur la grâce de son Esprit Saint pour toutes les grandes intentions du monde comme pour nos intentions personnelles.
Le moine Saint Silouane du Mont Athos disait que « prier c’est donner du sang de son propre cœur ». C’est donc une authentique forme de martyre qui a du prix aux yeux du Seigneur et peut porter beaucoup de fruits pour sa gloire.
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