Homélie du 19/04/2026, 3e dimanche de pâques année A par Père Raphaël

– « Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. »
– « Jésus fit semblant d’aller plus loin. »

Jésus est là, incognito. Joue-t-il avec nous ou se joue-t-il de nous ? Parfois nous nous énervons contre Dieu car nous le pensons loin, rebelle à nos demandes ou pire encore indifférent à celles-ci.
Notre Foi ne nous décrit pas un Jésus toujours facile à vivre. Rarement même. Quant il n’est pas en querelle avec les pharisiens, le voila qui traite ses disciples de tous les noms : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! »
Alors à quoi Jésus joue-t-il ? A nous déplacer. Il profite de plusieurs facteurs avec les disciples d’Emmaüs :
– deux disciples faisaient route : ils restent dans la même attitude que quand Jésus était au milieu d’eux : ils faisaient route ensemble. Ils n’étaient donc ni figés, statiques, ni isolés.
– ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé. Leur discussion est le lieu où Jésus peut être accueilli.
– le nom du lieu où ils se rend et qui a pour sens les sources chaudes et pour signification spirituelle le désir ardent. Et on entend ce désir ardent quand ils évoquent la libération d’Israël.
– le nom de Cléophas, le seul des deux qui est nommé qui signifie « Gloire du Père. » et/ou « vision de gloire ». Ce nom porte en creux l’accueil de la venue de Dieu dans sa gloire.
– S’ils quittent Jérusalem, ils parlent de Jésus même si c’est au passé de la déception : « Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. »
– S’ils ont perdu l’Espérance, ils sont travaillés par le témoignage des femmes et en témoignent.
Jésus se contente de ces miettes pour les ramener à la Foi. Et il s’adresse à leur Foi : «partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. » C’est au creux de leur Foi blessée qu’il verse le Vin de la Sagesse. Il ne change pas de sujet, n’évite pas ce qui fâche : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Comme Pierre qui sait proclamer à Césarée qui est vraiment Jésus mais ne peut le reconnaître jusque dans un messie outragé, condamné et crucifié, les disciples sont attachés à Jésus « prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. » Mais ce Jésus qui meurt condamné, maudit leur demeure incompréhensible. Alors Jésus leur fait le caté ou pour utiliser le mot même du texte il leur fait l’exégèse, le commentaire de l’Ecriture qui va leur permettre de le reconnaître.
Cependant pour cette conversion, Jésus a besoin que leur cœur retrouve la vie, dans ce cas précis, l’amour fraternel : l’accueil hospitalier de l’étranger pour faire route avec lui d’abord, puis pour le garder avec eux.
Enfin jésus leur donne l’indice le plus sûr de son identité : lui, l’invité à table se comporte en Maître de Maison : c’est lui qui prend le pain commun pour le distribuer. Mieux encore il respecte les 4 étapes classiques :

« – ayant pris le pain,
– il prononça la bénédiction et,
– l’ayant rompu,
– il le leur donna. »

Voila qu’il invite ceux qui l’avaient auparavant invité. Il introduit son Père en prononçant la bénédiction, c’est le pain rompu, lui-même, qui est donné et non pas pris par Jésus pour lui-même : c’est un pain partagé. Ce partage suscite une alliance des copains, des convives. Première alliance de ceux qui font la même chose. Cela crée des collègues et ouvre la voie à plus.
Jésus aurait pu prendre le temps de se réjouir des retrouvailles, mais il y a plus important :ils l’ont reconnu, ils se lèvent, ressuscitent à leur tour. Le soir approche, il leur reste à retrouver les Apôtres, étendre le partage vécu au-delà d’eux-mêmes, confronter leur expérience à celle de l’Eglise naissante, accueillir la confirmation de la vision de Simon-Pierre. Il lui est donné le nom solennel qui relie celui qui écoute Simon et celui qui affermit ses frères, Pierre.
Alors bonne route d’Emmaüs où je vous invite, ne faisant route à passer de disciples en témoins ressuscités de la Gloire du Père.


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