Homélie du 17/08/2025 pour le 20e dimanche ordinaire année C par Père Jean-Marc

Évangile

« Je ne suis pas venu mettre la paix sur terre, mais bien plutôt la division » (Lc 12, 49-53)

Jérémie 38, 4-6.8-10                Hébreux 12, 1-4             Luc 12, 49-53                  Homélie de P. Jean-Marc

Nous venons d’acclamer la Parole de Dieu. Belle manière d’exprimer notre accord. Mais cet accord est-il bien réel alors que l’Évangile de ce dimanche nous livre, de la part de Jésus, des paroles déconcertantes, voire choquantes : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. » Et, comme s’il craignait de n’être pas compris, Jésus enfonce le clou en insistant sur les divisions familiales… comme s’il ne pouvait pas en aller autrement : « Désormais, cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; il se diviseront : le père contre le fils, et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. » Sombre tableau !…

Et pourtant, c’est bien ce même Jésus qui a dit : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ! » (Jn 14, 27) Si souvent il y est revenu. Pensons aux Béatitudes : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » (Mt 5, 9)De même, envoyant ses apôtres en mission, il leur donnait pour programme de porter et répandre la paix : « Quand vous entrerez dans une maison, saluez ceux qui l’habitent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle. Si elle n’en est pas digne, que votre paix retourne vers vous. » (Mt 10, 12-13)

Oui, le don le plus précieux que Jésus confie à ses disciples – et donc aussi à nous-mêmes – c’est d’être les témoins et les propagateurs de la paix. Mais pas n’importe quelle paix !… D’ailleurs, en vous citant, il y a un instant, les mots de Jésus : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ! », je ne suis pas allé jusqu’au bout de la phrase qui se conclue ainsi : « Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. » Voilà bien ce que notre Évangile nous fait comprendre : il y a deux sortes de paix à ne jamais confondre.

La première, c’est la paix selon le monde, qui n’est souvent que désir égoïste de tranquillité, repli sur soi, et donc aveuglement vis-à-vis des souffrances et des détresses des autres. Une fausse paix que les épreuves de l’existence et les intérêts collectifs ou personnels auront tôt fait de faire sombrer. Ce que, hélas, on constate si souvent dans les relations entre nations comme dans la sphère communautaire et familiale.

Par contre, la paix dont nous parle Jésus, même si elle demande notre consentement et notre collaboration, ne relève pas de nos états d’âme ou de nos seuls efforts, mais de l’Esprit Saint dont St Paul, dans sa Lettre aux Galates, nous énumère les fruits : «amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. »  Et Paul de conclure ainsi : « Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit. »

Nous comprenons alors pourquoi Jésus, avant d’évoquer les divisions familiales, avait préalablement affirmé : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » (Lc 12, 49-50)

Ce feu, c’est évidemment celui de l’Esprit de Dieu, que Jésus, par sa plongée dans sa passion et sa mort sur la croix (qu’il compare à un baptême), va répandre sur notre monde. Voilà pourquoi, dans cette perspective de son sacrifice, il peut parler à la fois d’angoisse et de désir intense d’accomplissement.

Frères et sœurs, notre monde est en feu Oui ! littéralement ravagé qu’il est actuellement par de gigantesques incendies, mais davantage encore par ces multiples foyers de violence qui font craindre un embrasement généralisé et suscite chez beaucoup de nos contemporains un climat d’angoisse et de désespérance.

Je pense ici aux mots du Psaume 4 que nous chantons chaque soir lors de la prière de Complies : « Beaucoup demandent : Qui nous fera voir le bonheur ? » Question éternelle qui, selon nos logiques humaines, semble sans réponse.  Mais le Psaume place immédiatement sur nos lèvres de croyants : « Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage.»

Oui, Frères et Sœurs, même si notre monde paganisé nie toute transcendance et ne cherche son salut qu’en lui-même, nous, disciples du Christ, nous osons croire – et chaque Messe nous donne la grâce de l’affirmer – que Jésus le Ressuscité, non seulement ne cesse de répandre dans les cœurs le Feu de son Amour, mais qu’Il est lui-même ce Feu qui triomphera définitivement de l’incendie de haine et de mort qui défigure notre terre bénie par Dieu.  

« Ainsi donc (comme nous le disait La Lettre aux Hébreux), entourés de l’immense nuée des martyrs et des saints, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de notre foi. »  (Heb 12, 1-2)

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