Évangile : Jn 17, 20-26
Actes 7, 55-60 Apocalypse 22, 12-14.16-17.20 Jean 17, 20-26
« En ce Temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait… »
Pour qui est quelque peu familier des Évangiles – j’espère que c’est votre cas ! – cette mention de la prière de Jésus n’est guère surprenante car on la trouve fréquemment. Par exemple : « Jésus se retirait dans les endroits déserts, et il priait. » (Lc 5, 16) Ou encore : « Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. » (Lc 6, 12)
Les évangélistes nous livrent même quelques bribes de l’entretien de Jésus avec son Père : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » (Matthieu 11, 26) Ou bien encore à Gethsémani, lorsque Jésus entre en agonie : « Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » (Mc 14, 36)
Mais c’est Saint Jean, avec la longue prière du chapitre 17 de son évangile (dont nous venons d’entendre une partie) qui nous introduit le plus profondément au cœur de la relation de Jésus avec son Père. Et l’étonnant de cet entretien intime, c’est que, bien loin d’en être nous-mêmes exclus, nous sommes tous et chacun directement et personnellement concernés : « Père Saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leurs paroles, croiront en moi. »
Et sur quoi porte cette prière ?… Il nous est facile d’y répondre, vu l’insistance avec laquelle Jésus y revient. A quatre reprises il reprend quasiment les mêmes mots : « Que tous soient un. » « Qu’ils soient un en nous. » « Qu’ils soient un comme nous sommes UN. » « Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un. »
On peut donc affirmer que le désir le plus intense de Jésus, ce qui est au cœur de sa relation avec son Père, c’est notre unité. Parce que seule l’unité que nous pouvons vivre entre nous, disciples de Jésus-Christ, peut porter témoignage de qui est notre Dieu. Jésus pouvait ainsi dire : « Qu’ils (mes disciples) deviennent parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. »
Est-il besoin de dire qu’une telle unité n’a rien à voir avec le nivellement que prônent les idéologies totalitaires ou les sectes. L’unité que Dieu veut pour nous, bien loin de gommer nos différences est au contraire ce qui permet à chaque personne d’être pleinement elle-même tout en se faisant accueil de l’autre pour s’enrichir de sa différence. C’est exactement ce qui vit au cœur de la Trinité, dans une communion d’amour où le Père, le Fils et l’Esprit ne font qu’UN et pourtant ne se confondent jamais.
A moins d’être aveugles ou inconscients, nous savons bien qu’un tel objectif, dépasse totalement nos capacités et nos volontés blessées. C’est ici qu’il faut nous rappeler ce mot de Jésus : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. »
Le Pasteur Dietrich BONHOEFFER, mort martyr à cause de son opposition au nazisme, affirmait : « Il est de la plus haute importance de prendre conscience que la fraternité chrétienne n’est pas un idéal humain, mais une réalité donnée par Dieu. »
Et il ajoute même pour que nos communautés religieuses et familiales deviennent d’authentiques foyers chrétiens : « il faut même que nous soyons déçus, déçus par les autres, déçus par nous-mêmes. Car Dieu n’est pas un Dieu d’émotions sentimentales, mais un Dieu de vérité. »
D’où l’importance vitale de l’Esprit Saint dans nos vies de chrétiens. C’est Lui, l’Esprit qui nous introduit dans l’intelligence de la Parole de Dieu ; Lui qui nous enseigne et qui rectifie ce qui est faussé en nous ; Lui qui nous ajuste les uns aux autres afin que, malgré nos handicaps et nos blessures morales et psychiques, nous devenions les membres actifs d’un seul organisme, le Corps de Jésus-Christ, et qu’ainsi nos existences lui rendent gloire. Car, comme le disait Saint Irénée de Lyon : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ».
Jésus monté auprès de son Père, qui est aussi “notre Père”, ne nous abandonne pas. Il nous donne sa Parole vivifiante qu’est l’Évangile, et il insuffle en nous son Esprit de sainteté pour qu’il soit notre Défenseur, mais aussi notre joie éternelle.
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